lundi 30 mars 2015

BRIMBORIONS DE PRINTEMPS

Sur un mur : « Horus ! Horus ! »

Dans le parc, une dame très grosse allongée sur un transat parle à ses deux enfants qui jouent à la bagarre  : « Ah ben oui c'est bien beau de chialer, bande de nazes, mais quand vous tomberez sur quelqu'un qui voudra vraiment vous cogner la gueule, faudra bien bouger votre cul putain ! »

La dame en jogging : devant chez moi, elle regarde le vieux lavoir en contrebas. Je lui dis bonjour, elle me dit : « J'aime bien cet endroit, c'est apaisant. »

Elle lève les yeux vers le bas de la rue : « Même si y a la vieille là-bas qui me regarde. » Au fond, à sa fenêtre, une vieille dame immobile.

« Elle est tout le temps en train de me juger, elle me déteste. Mais je m'en fous, je viens quand même parce que l'endroit me plaît. » Elle se tait. Le lavoir est rempli de ronces et de mauvaises herbes. Dans l'eau, deux trois bouteilles vides.

Je recroise la dame en jogging : « j'ai trouvé un tableau dans l'eau, je savais pas quoi en faire, je l'ai mis à côté de votre poubelle. » C'est un portrait, peint à l'acrylique.

Intermarché : une voix publicitaire dit : « Promotion cette semaine. - 25 % sur tous les légumes moches. »

Dans le square, trois SDF tout rouges, dont l'un porte une veste fluo de la sécurité routière. Ils boivent des canettes de Bavaria. Au milieu, sur le banc, une tableau qui représente un coucher de soleil avec écrit dessous : « Tranquility. »

Je me gare près du vieux lavoir. J'entends des voix. La dame en jogging est avec sa fille au bord de l'eau. Elles rient. Au bout de la rue, à sa fenêtre, la vieille est à poste.

Revu sur un mur : « Horus ! »

Arthur a compté les billets du monopoly : 1 million 540 000.

« Je viens du notre planète. »

Discussion avec les voisins. La vieille dame apostrophe des fois le facteur quand il trouve porte close : « Déposez le colis chez moi, on a l'habitude de faire comme ça ! » Quelqu'un la soupçonne de ne pas les rendre tous.

Des ouvriers sont venus et ont tout nettoyé le lavoir. Plus d'herbes folles.

Lamballe : Jean-Bernard Pouy dit à Briac : « C'est bien, votre BD, là, c'est même honteux, la BD mérite pas ça. »

Dédicace à Lamballe. « C'est pour Lou. Ma file s'appelle Lou. C'était prévu d'avance, mais coïncidence : le jour de sa naissance, je ne sais plus quel acteur lisait les lettres à Lou à la radio. Et le plus incroyable, c'est que l'accoucheur était un grand noir du nom d'Apollinaire. »

Lamballe. Gérard me dit qu'il connaît un polonais atteint de synesthésie, cette faculté de percevoir les sons sous forme de couleur. Quand il joue Georgia au piano, comme il la trouve trop marron, il rajoute du bleu.

Lamballe. Gérard me dit qu'il a des amis en Allemagne qui connaissaient Champion Jack Dupree, le pianiste de blues. Son père avait appris dans le sud des états-unis, sur le piano mécanique de son maître, en suivant les touches qui s'enfoncent toutes seules. Il a appris à son fils à jouer suivant la même méthode : il posait les doigts sur ceux de son père.

Arrington de Dionyso au Festival Invisible. Je lui demande s'il a été influencé par le dub. Il dit que oui. Il précise : « ce n'est pas juste une musique, c'est une philosophie. »

Arrington me raconte qu'il s'est promené tout seul dans Brest. Il a trouvé le kiosque de la place Wilson, est rentré dedans, a constaté que c'était une chambre à échos.

Festival Invisible : j'offre un disque appelé « Logé dans la dent creuse du studio préhistorique » à Yves. Il y voit un signe : il s'est fait enlever une molaire la semaine dernière.

Yves croise un type qui est avocat. Il y voit un signe aussi : il s'est entaillé le pouce en pelant un avocat.

Concert à Bannalec : ambiance de village. On se croirait dans Jour de fête de Tati. Au café, le serveur sert la main à tout le monde. La serveuse est callipyge.

Saint Renan : un superbe oiseau, peut-être un héron, planté dans le plan d'eau.

Avec Arthur, on écoute du rock en voiture : « J'aime bien ce morceau, mais il est trop blanc. » Je lui mets un truc plus violent : « Mouais, là c'est gris. »

Les gars venu pour l'entretien de la chaudière parle tout seul en la démontant. « Bon, on va voir ce que tu as dans le ventre. » « Et hop, maintenant, le petit lapin ! » : il utilise une clef universelle accrochée à un porte-clef en forme de lapin.

A la caisse du supermarché, je parle tout haut en tapant mon code de carte bleue et je le dis à tout le monde.

A une époque, mon code de  carte commençait par 666. A chaque fois que je le tapais, j'avais l'impression d'être Satan.

Pourquoi, à chaque fois que je tape piano sur mon clavier, ça fait pinao ?

Et pourquoi, à chaque fois que je tape « porc », j'écris « proc » ?

« Il s'endormit, la tête posée sur un oreiller douillé. »

« Il paressait fatigué. »

Une jolie fille, mais elle a la joue qui colle.

Des oiseaux : un rapace sur un poteau, un cormoran sur le plan d'eau.

L'Eglise Saint-Martin, couverte d'échafaudages, fait cathédrale en allumettes.

S me dit qu'elle travaille dans une entreprise qui gère l'organisation du cimetière, son quadrillage, ses répartitions. Elle veut bien que je vienne faire un stage.

Un sage maladroit, dont les propos n'auraient ni queue ni tête et qui s'appellerait Confusius.

J'ai croisé quelqu'un pendant le Festival Invisible qui connaissait David E. Je demande : « C'est un pseudo, non ? » Et il me dit qu'il ne croit pas, non. Personne n'a l'air de savoir qu'il s'appelle en réalité Félicien Cimetière.

J'ai l'impression qu'on marche sur le toit. Et puis ça court, ça dévale. Sûrement des mouettes, mais alors avec des chaussures.

Je rentre du boulot. Lumières mouvantes sur le mur du salon. J'ai l'impression d'être sous la mer.

Pneumaphobique d'Yves Le Tirilly : « Tu n'as pas froid aux yeux, vous. »

Yves Le Tirilly : «  On vit une période de super enfer. »

Yves Le Tirilly : « Fumer deux cigarettes en même temps serait une bonne chose pour emmitoufler le brouillard. »

Croisé le bretonnant M au salon de Lenvor. Il a écrit des centaines de livres sur le sujet. Je soupèse un gros roman en breton sur la révolution. « C'est mon quatorzième roman. »

« Et alors, tu as appris le breton depuis la dernière fois ? » Je réponds : « Non, mais je bouquine un livre sur les noms, j'essaye de savoir quel est le sens des noms bretons, par exemple que Pinvidic veut dire le riche. » Il hausse les épaules : « Mouais enfin bon, ça tout le monde le sait. »

Tout le reste du salon, quand je le croise, il me scrute d'un œil accusateur.

Quand je pars, je le recroise et je lui dis au revoir. Il pousse un mmmf renfrogné.

Cette nuit, sensation que mon lit est à la verticale et que je suis accroché au matelas comme à un mur.

SAMU devant l'immeuble de la vieille dame.

Concert de Chansons robot à côté d'Elliant. Quand on arrive, Thomas a déjà garé sa voiture à côté de la porte de service. On a beau faire le tour, on n'arrive pas à trouver par où il est passé. A un moment, on se demande même s'il n'a pas atterri.

Au local des petits débrouillards, où Arthur va tous les mardis, A m'explique le fonctionnement de la petite box : « ça crée un petit internet d'une dizaine de mètres de portée. On peut se connecter et laisser des documents. Chez les agents secrets, on appelait ça une dead drop. »

« Seul l'espion sait que la zone est connectée : il passe, laisse ses données, et disparaît. Avant, on enlevait une brique dans un mur et on laissait des documents, ensuite on a vu des ports usb scellés dans le béton. Maintenant, on laisse en wifi. »

« On pourrait même envisager la possibilité de circuler sur un vaste espace en passant d'une dead drop à une autre. »

« Sur le quartier Saint-Martin, on pourrait créer un Saint Martinet, qui serait constitué de plein de petites dead drop mises bout à bout. »

Petits débrouillards : grâce à des capteurs, on peut jouer du piano en appuyant sur des fruits. Maïwenn fait du boogie-woogie à un doigt sur l'orange.

En approchant ses doigts de la banane, mais sans la toucher, Christophe arrive à créer une nappe.

Des conséquences apocatalyptiques.

Projet de BD autour du quartier de la Défense : Kris me propose d'y participer, et me dit qu'il y a sous la Défense une cathédrale engloutie.

Il y a aussi un dragon de trente mètres dans un atelier souterrain, créé par un plasticien aujourd'hui décédé.

Personne ne peut plus le voir, pour des raisons de sécurité. Personne n'utilise non plus la gare fantôme, qui fait 200 mètres de long et n'a jamais servi.

Dans les sous-sols de la Défense, il y a aussi l'atelier de Patrice Moullet, le compositeur de Alpes/Catherine Ribeiro. Il y fabrique des instruments gigantesques.

Je viens d'acheter son disque enregistré là-bas : Rock sous la dalle.

Cette nuit, je me réveille à moitié et je suis tenté de regarder l'heure. Mais comme à chaque fois que ça m'arrive, je m'aperçois qu'il est 4h00 du matin et que je n'arrive pas à me rendormir bien, je décide de ne pas le faire.

Je m'endors content d'avoir résisté à la tentation.

J'entends un enfant qui crie et qui cogne sur le mur. C'est Arthur en fait, qui nous dit de nous réveiller car il est 8h10 et on n'a pas entendu le réveil.

Concert de JB blues chez Müller. Un type tape dans le dos de Kevin Wright, grand guitariste de blues brestois, et lui dit : « Hé ben à côté, toi, on peut dire que t'es vraiment un nain. »

Réveil : je regarde les corpuscules noirs qui nagent dans mes yeux. Je cherche à faire le point. Soudain, l'un d'eux se transforme en une sorte de losange citroën.

Hier soir, croisé un type qui m'a donné une nouvelle qu'il a écrite. Il avait l'air très ému. Il m'a dit : « Le problème, c'est que j'aime beaucoup Fredric Brown et je crois que ma nouvelle est pompée sur l'une des siennes. »

A la bibliothèque, vu R, sa casquette en cuir vissée sur la tête, assis, tenant une fille par les épaules et lui parlant face à face, les yeux dans les yeux, presque à la toucher.

En repartant, je vois qu'il est toujours là. On dirait qu'il cherche à hypnotiser la fille. Il murmure : « Tu comprends ? Tu comprends ? »

Je repasse devant la bibliothèque en voiture. Ils sont debout sur le trottoir. La fille le regarde avec des yeux étranges, comme envoûtée.

Dans les toilettes de Pascal et Jéjé, je trouve un petit livre de Plutarque sur le bonheur.

En quittant Paris, je vous une affiche de spectacle par la vitre du train : « Le bâton de Plutarque.»

Cinéma L'image à Plougastel : on a des entrées gratuites pour le Hobbit 3 3D et j'y emmène Arthur, Anouk et Margaux. A l'entrée, à la caisse, un monsieur moustachu pousse un soupir de mépris quand je lui montre les lunettes 3 D que j'ai pensé à apporter : "Vous pouvez toujours les mettre, vous ne verrez rien, enfin essayez toujours."  

Devant lui, un parterre de lunettes dernier cri : "Ca marche qu'avec celles-là, c'est 2 euros pièce la location."

Il nous tend un petit sachet type rince doigt avec chaque paire, et nous fait un sermon que personne n'écoute.

Anouk a essayé les lunettes, il s'emporte. "Oh les enfants, qu'est-ce que je viens de dire, hein ? J'ai dit quoi ? Faut écouter les enfants ! Alors comme je suis gentil je vais répéter : les lunettes ont été portées par d'autres que vous, et il faut les désinfecter. Pas les carreaux, vous avez bien entendu, pas les carreaux ! Mais les montures, et là, sur le support qui va sur l'arête du nez, comme ceci."

Dans le cinéma, on essaye les lunettes. Elles clignotent, sauf celles d'Arthur. Je retourne à la caisse. "Elles ne doivent pas fonctionner, elles ne clignotent pas", lui dis-je. Il râle, m'accompagne dans le cinéma, me tend une paire puis une autre. "Là ça marche". "Et la première paire?" "Je l'ai reposée sur votre guichet" Il hausse les épaules : "Pmmf."

A une demi-heure de la fin du film, les lunettes d'Arthur ne marchent plus. On échange, je regarde la fin en brouillé.

En partant, je retourne voir le monsieur: "Elles marchent pas vos lunettes." Il s'empourpre : "Pff, il fallait les ramener !" "Oui, mais à une demie-heure de la fin du film, j'aurais tout raté." Il râle, je dis : "Vous n'allez quand même pas dire que c'est de ma faute si vos lunettes sont défectueuses, non?"

Je quitte le champ de bataille des cinq armées laissant le moustachu vaincu.

Croisé D au jardin d'enfants. Il tient une cigarette roulée énorme et tordue. Il me donne un papier photocopié avec l'adresse de son soundcloud. Je lui dis que j'ai déjà été écouter ses chansons. Il m'écoute à peine et se lance dans une diatribe sur la fin du monde.

« Là, c'est le monde qui change, un profond profond changement. Tout va être modifié. C'est même plus un monde matérialiste, c'est un monde matérialiste dominé par la machine. »

« Et les gens là partout ? Des oies blanches face aux tueurs qui vont arriver ! »

« Bob Marley l'avait déjà chanté. Les gens n'ont pas écouté Bob Marley. Moi je l'ai vu en concert à Paris. Il disait que rien ne pourrait plus jamais les arrêter. Hein ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Quand on y pense, c'est terrifiant. »

« Mon écharpe, je l'ai achetée à Tout à deux euros – bon, elle est bien, j'en suis content, mais elle a été tricotée par des gamines au Bangladesh, dans des conditions je te raconte pas. Et si t'es syndicaliste là-bas, hé ben t'es violée. »

« Moi j'ai écrit des chansons là-dessus. » Il cite deux ou trois couplets. « Tu vois, je dis tout. TOUT est dit. Et personne n'écoute. »

« J'ai écrit des livres aussi, personne ne veut les éditer. Ils trouvent ça intéressant, mais quand ils voient vraiment ce qui est dit, et comment c'est dit, sans fards, ils hésitent. »

« Là j'attends une réponse. Normalement, ils envoient une lettre type au bout de deux mois. Là ça fait trois. C'est vraiment n'importe quoi. »

« Et Bob le dit, si tu écoutes bien, dans Natural Mystic : « Beaucoup vont mourir. »

Il reste un moment avec sa clope éteinte dans les doigts, ému.

Au moment de partir : « Bon, et n'oublie pas, hein ? Dans la vie, il faut avoir une vision. »

Arthur à table : « C'est quoi la chose la plus étrange que vous ayez vue ? »

Massacre dans les locaux de Charlie Hebdo. Après deux jours de cavale, les deux tueurs se barricadent et meurent dans une imprimerie.

Toilettes des profs : coincé dans les tuyaux au plafond, un sachet désodorisant. La marque : Uriwav.

Arthur : « Une éclipse solaire, c'est la lune qui passe devant le soleil. Une éclipse lunaire, c'est le soleil qui passe devant la Lune. »

R est à l'hôpital. Elle est très malade. Elle dit : « Bon, ben c'est râpé pour les soldes. »

Nuage en forme d'enclume froide.

J'ai rêvé que je couchais avec une fille que je connais, mais dont le corps blanc et  maigre me dégoûtait.

En voiture à Kérinou, j'aperçois une femme qui marche sur le trottoir et soudain, sourit. Un beau sourire qui s'adresse à quelqu'un, mais en face d'elle, personne.

Je repasse quinze minutes plus tard. Elle est un peu plus loin, marche dans l'autre sens, et sourit à nouveau, l'air de reconnaître quelqu'un. Mais il n'y a toujours personne.

Rêvé que je devais déplacer un poulpe d'un aquarium à l'autre. Pour finir, je le mettais sur ma tête et il se mettait à me parler.

On a des poux. Lotions, shampoings. J'en ai rêvé cette nuit. Au club des Petits débrouillards, où je vais chercher Arthur, j'arrive en pleine galette des rois. J'ai la fève. Je me retrouve avec une couronne sur la tête.

Je regarde le projet de couv de l'album de Centre du monde : il porte un t-shirt Johnny Hallyday route 66. Je m'assieds à mon bureau : un élève y a oublié une trousse route 66.

Brimborions de la tournée dans l'Est : 

Sur l'autoradio, Thomas a mis un morceau de Charlélie Couture.

A Sausheim. La veille, la scène était occupée par un hypnotiseur de foules, Mesmer Le Fascinateur.

Je traîne dans les loges, espérant trouver une trace de son passage. Mais tout est nettoyé et bien rangé.

Le régisseur nous dit, larme à l'oeil, que Thiéfaine joue souvent ici et qu'il est ici chez lui.

Thann. Grande affiche de Charlélie Couture, qui a joué là récemment.

On arrive dans la salle. Le technicien teste sa sono avec un morceau de Thiéfaine.

Son téléphone sonne : c'est Ring of fire de Johnny Cash.

Sausheim : sur le mur, « Il faut choisir des epi adaptés ». Thann : « Singes chromé en concert ».

Thann : je m'assieds dans un fauteuil de la salle. J'ai l'impression qu'il bouge comme s'il était en gelée.

***

J'ouvre les volets. Je crois voir une main coupée sur la lunette arrière de la voiture garée juste en-dessous. Je me dis que ça doit être un gant.

En fait non, c'est une main coupée, avec des bouts de tendons. Je me dis qu'elle doit être en plastique.

Devant la boulangerie, un SDF déguisé en lapin qui tient une pancarte : « Sans terrier ni crottes. »

Au marché avec Maïwenn. Elle s'arrête au pied de tous les arbres et soupire en tentant de mettre ses bras autour du tronc : « Oh il est dur à grimper cet arbre. »

Arthur me montre ses photos de Vacances. Il a trouvé une clef posée sur un menhir. Le chiffre 18 est gravé dessus.

Je lui dis que ça doit être un chiffre symbolique. Il me dit : « Pour moi c'est le chiffre de l'eau. » « Pourquoi ? » « Parce que c'est le numéro des pompiers. »

Rêvé que je faisais cours et que par la fenêtre, la campagne s'assombrissait. Soudain, un éclair bleu tombe sur les champs, et tout devient bleu. J'essaye de rassurer les élèves : « Ca ne doit pas être bien grave. »

Avant, lorsque j'emmenais Maïwenn voir la mer, elle lui disait bonjour. « Bonjour la mer ! »

Hier, je dis : « Bonjour la mer ! » Et elle dit : « Non, elle a pas de boubouille. »

Boubouille c'est visage. Elle ajoute : « C'est que de l'eau ».

Au feu rouge, derrière une voiture. Sur le pare-brise arrière, écrit à l'envers une suite de consonnes qui ne veulent rien dire : Csrhsrtt.

En fait, il faut peut-être lire Carhartt. Ce serait un fabriquant de gants.

Ca n'explique pas pourquoi le nom est écrit à l'envers.

L'éclipse était décevante : il a juste fait gris sale, pas nuit.

Du coup, le soleil revient, mais les oiseaux, les arbres et les gens ont l'air plus fatigués qu'avant.

Je vais courir juste après l'éclipse. Tout a l'air couvert de cendres.

Maïwenn me grimpe dessus en criant « Caca boudin ». Je lui dis : « On touche le fond ! » Elle me touche le front.

Croisé un type en costume d'Arsène Lupin, avec une canne à pommeau, qui faisait les cent pas à côté du Rock circus.

Le lendemain, croisé un autre type rue Boileau, habillé de la même manière, avec la même, canne.

Il y a du vent. Dans les feuilles du palmier du voisin, j'ai l'impression de voir une grosse tête de dieu aztèque.

A l'heure du coucher, Maïwenn a peur du vent. Elle se rassure : « Il a pas de boubouille. »

mardi 8 juillet 2014

BRIMBORIONS DE JUIN

Copyright Jorge Bernstein

Rêve : un ami dont la tête est recouverte de bandages m'embrasse, puis ses bandages tombent un peu. Il est défiguré par une sorte de rougeole. Il me dit : « J'ai la Garonne. » Et je pense : « Putain, pourquoi m'a-t-il embrassé ? »

Chez Müller, je bois un verre avec Benoît. Quand on arrive, M est là, au comptoir. Il finit son verre, prétexte qu'il attend que la pluie cesse pour rentrer en scooter.

« Il pleut toujours ? » « Quelques gouttes. » « Je vais attendre que ça se calme. » Il a l'air soulagé.

Il part. « Allez salut tout le monde. ». Il revient. Il pleut trop. « Remets-moi un verre » Il stipule : « Mais un petit hein ? »

Il repart. « Allez, je crois que je vais réussir à passer entre les gouttes. » Il revient, fataliste, attend au pied du comptoir, et finit par dire au patron : « Ben quoi, j'ai vendu du beurre aux allemands ou quoi ? » Müller le ressert.

Son téléphone sonne : « Allo ? Non, je serai chez moi dans dix minutes grand max, et tu me rappelles, ok ? Ah non, j'insiste tu me rappelles, il faut que je te parle d'un truc. » Il tente un départ. Il revient. Ainsi de suite pendant une heure.

Quand on s'en va, il vient juste de retrouver deux anciennes connaissances bien attaquées qui insistent pour lui offrir un verre. Dehors il pleut à verse.

Dédicaces avec Briac à la Librairie des voyageurs. Une dame entre et la libraire lui demande : « Vous venez pour la dédicace ? » « Non, pas du tout, moi je suis venu acheter une carte des Pouilles. »

Revu Yves à Quimper. « Je suis allé à Paris pour démarcher les éditeurs. Je suis allé chez Albin Michel. J'ai sonné, personne. Comme la porte était ouverte, je suis entré. »

« Je me suis retrouvé dans les couloirs, j'ai fait le tour des bureaux, personne. Je me suis mis à appeler : « Oh, y a quelqu'un ? » Personne. J'avais mon manuscrit sous le bras. J'allais pas repartir bredouille. »

« Du coup, j'ai fait le numéro d'Albin Michel sur mon portable. Une dame me répond. Je lui dis : « Je voudrais déposer un manuscrit. » « C'est impossible, monsieur, nous sommes fermés. » « Ah bon ? C'est curieux parce que je suis en ce moment même dans vos locaux. »

« Comment ? » « Oui, c'était ouvert. » « Sortez immédiatement, j'appelle la sécurité ! » « Impossible, et mon manuscrit ? » « Revenez lundi ! » « Je refuse. Je viens de Province, lundi je serai rentré chez moi. Tout le monde n'est pas parisien madame. »

« Je ne sais pas... Déposez-le sur le comptoir de l'accueil alors. » « Entendu. Mais après tout ça, excusez-moi d'être si direct madame, vous m'accorderez que la moindre des choses serait tout de même que vous l'éditiez ! »

Simon : « J'étais à la fac avec le petit-fils d'Heidegger. Il s'intéressait qu'au foot. »

Daniel : « Ah, comment s'appelle-t-elle déjà, cette fille qui oublie toujours tout ?"

Sur un mur au marqueur : « L'Apocalipse n'a pas eu lieu. »

Je rêve d'un type en kabig vert avec une capuche triangulaire. Il n'arrête pas de passer dans mon rêve. Il n'a rien à faire là. Quand il se penche et ramasse un loup vert sur le trottoir, je le reconnais. C'est le bouffon, ou le frelon vert.  

Je suis repassé devant chez Müller. Le scooter est toujours là.

vendredi 16 mai 2014

BRIMBORIONS DE MAI



Jardin d'enfant : je croise Patou, qui est devenu gendarme scientifique. Il me parle du Blue star, ce produit qui révèle les traces de sang anciennes. « On a fait réagir des taches qui dataient de la guerre de sécession ! »

« Pour montrer à mes élèves, je me suis fait faire une prise de sang et je l'ai congelée. Il suffit d'en prélever un peu, d'en asperger le carrelage sur le mur, de récurer à fond, et puis d'éteindre la lumière avant de vaporiser le blue star. » Son regard brille : « Et là, ça fait de grandes traînées phosphorescentes bleues. »

« Ca marche aussi avec la Javel, ça brille avec plus d'intensité, mais beaucoup moins longtemps. » Moue moins convaincue : « Ce n'est pas la même lumière. »

Frôle ce matin par une voiture : « Taxi Abysse. »

Croisé un van où était écrit : « Voyages Ulysse. »

Sur la route du festival de Deauville, de l’autre côté de la route, un petit chat vient juste de se faire écraser. Il est encore vivant. Atroce. Juste après, une cigogne passe dans le ciel.

Il paraît que toutes les cigognes passent par Istanbul, où elles prennent de la hauteur en montant en hélices, par groupes.

Une dame à table : « Mon père a 75 ans. Il vient de tourner dans son premier film d’horreur. »

« Le réalisateur lui avait dit qu’il avait un rôle de psy pour lui, il était content. Mais en fait c’était un rôle de psychopathe. »

J'attends au feu derrière une voiture. Deux autocollants : « Anti-radar » et « Attention conducteur bourré. » Le feu passe au vert et il démarre en trombe, manquant écraser deux filles qui traversaient.

Rêvé du petit chat écrasé. Dans mon rêve, il était roux, et je me souviens du bruit de semelle que ça faisait quand des gens l'ont décollé du bitume.

Je corrige des copies dans le train. Le texte parle des tranchées. Correspondance. Je regarde mon billet : voiture 14, place 18.

C'est le soir, je regarde un film. Soudain, boum, un vacarme, comme si une étagère était tombée à l'étage. On monte. Rien. On fait trois fois le tour de la maison. Rien.

Finalement, c'est un arrosoir qui est tombé dehors.

Le lendemain, l'arrosoir retombe, mais moins fort.

On rentre sur la voie express. Sur un pont, des gens agitent des drapeaux français et des banderoles FN. Au moment où on passe juste en dessous, Maëlle dit : « Quelle horreur ce sont des enfants. »

Il y a une semaine, mais l'image de l'ado blonde en t-shirt blanc agitant un drapeau FN Juste au-dessus de ma tête, alors qu'on passe le pont, ne s'efface pas.


mercredi 9 avril 2014

BRIMBORIONS D'AVRIL


Grand-mère s'agace : « A notre époque, il n'y a plus d'étoiles. »

Elle justifie : « Avant, on en voyait quand même beaucoup plus. »

Jardiland. Je montre les lapins à Maïwenn : « Oh, regarde les lapins ! » Autre cage, le doigt pointé : « Oh, et regarde là, les tous petits lapins ! » Le type d'à côté me regarde avec consternation : ce sont des hamsters.

Jardiland. Conversation entre deux dames : « Oh, les petits lapins russes, ils sont tellement mignons... » Elles sourient, soupirent. Le visage de l'une d'elle se ferme : « Par contre, putain, les cochons d'Inde, ça pue c'est moche. »

Rêve. Le goulet de la rade de Brest s'est resserré. Partout, des chevaux sauvages traversent à la nage.

Mes lacets sont cassés. Je vais en acheter au Super U de Saint Renan. J'hésite entre les 45cm, prévus pour 3 trous, et les 60 cm pour 4. Comme il y a trois trous dans mes godasses, je prends les 45cm. Je paye, je sors, j'essaye. Trop petits.

Je retourne au rayon, j'achète les 60cm. Rebelote : je paye et sors. Encore trop petits.

Je retourne, je m'apprête à prendre les 75 cm et puis j'aperçois les 90 cm. Je me ferai pas avoir trois fois. Je prends les 90 cm. Je sors, j'essaye. Beaucoup trop longs.

Rêve : on est des GIs et on attaque une forteresse troglodyte Afghane, et on tire des roquettes dans des cavernes. A un moment, on se rend compte qu'on est en train de déranger des gens qui mangent. Du coup ils nous invitent.

On est à table. Ils vont égorger une brebis. C'est sacrificiel. Je suis ému, mais on me rassure : une fois égorgée, elle sera toujours en vie.

Rêve : on m'attache de force sur une luge aiguisé comme une guillotine, et je glisse sur une pente vers une foule de manifestants. Je ferme les yeux, je hurle : je ressens les chocs et reçois de grandes flaques de sang en plein visage.

J'ai été voir un concert de musique contemporaine. A un moment, un saxophoniste impeccable, tout de noir vêtu, aux chaussures cirées, interprète une pièce d'une grande austérité. Il ne laisse rien au hasard. Au moment des applaudissements, il s'incline et du pavillon de son instrument coule un filet de bave.

Au Festival de Deauville, j'interviens devant une classe d'élèves de 3ème. Ca se passe dans la salle « Batman ».

Vu sur internet : l'île de Queimada Grande au Brésil, 230 000 mètres carrés, compte 230 000 serpents.


lundi 17 mars 2014

BRIMBORIONS EN FORME DE PHASMES



Copié collé l'adresse que m'a donnée Cyril, "J'habite Le Tiercent, 170 âmes" dans mon carnet d'adresses, puis déplacé le nom du village dans une autre colonne.  il reste "Cyril, 170 âmes".

Mikel avait neuf ans en 1945. Le jour où Brest a été rasée, il était à Quimper, à la messe avec ses parents. Il se souvient des bombardiers qui passaient sans arrêt au-dessus. Ca couvrait tout. La messe a duré deux heures et le bruit aussi.

Les américains laissaient tomber des petits tortillons d'aluminium, en fait des leurres pour brouiller les radars, mais les enfants croyaient que c'était des chocolats.

Une autre fois, de l'étage, on lui montre au loin dans la nuit un grand feu : Lorient qui brûle.

Rêvé d'enfants que je devais protéger. Au bout d'un moment, ils deviennent des crevettes dans un grand bassin en pierre carré.

Ensuite, je découvre un trésor dans une caverne et je fais un cadeau en or massif à quelqu'un pour qu'il me laisse tranquille.

Cette nuit, encore un rêve : on file dans un train bourré de déchets nucléaires le long d'une grande muraille de pierre, et je me dis que scénaristiquement, elle va forcément s'effondrer sur nous.

Arthur a adopté des phasmes. Ils sont dans un aquarium. Il faut leur vaporiser de l'eau dessus tous les matins en soulevant légèrement le couvercle. Toujours peur qu'il y en ait un qui s'échappe.

Le phasme passe sa vie à imiter une brindille. Pour faire plus vrai, il ondule un peu, comme s'il y avait du vent.

Petit-déjeuner : j'ai l'impression d'être observé.

Je me retourne : le phasme. 

On dirait un petit totem : c'est peut-être l'effet bois.

Les phasmes c'est des insectes en formica.

Corentin, 5 ans : « Hé, elle est désaccordée ta guitare, ça fait tong au lieu de ting. »

Rêve : un type dévisse son nez, me le donne et meurt.

J'arrive au distributeur de fric, et j'aperçois un type avec des béquilles qui avance péniblement, à deux mètres de là. Je fais signe que je lui cède la place, mais il soupire : « Oh vas-y, le temps que j'arrive, t'auras même le temps de retirer quatre fois. »

mercredi 26 février 2014

BRIMBORIONS DE FEVRIER


Matin. Je coupe du pain et je m'entaille le pouce.

Matin suivant. En voulant récupérer le bouchon d'un tube de dentifrice, je m'assomme contre le radiateur.

Arthur, regardant l'étiquette d'une bouteille de vin d'un air dubitatif, finit par dire : « Pourquoi c'est écrit Foire aux vins Orange, alors que le vin est rouge ? »

Un caillou dans ma chaussure : je l'enlève, la retourne et il en tombe une pièce.

Arthur : « Je déteste la musique classique, c'est trop aigu. »

Arthur : « Moi, quand j'utilise des sons aigus, c'est uniquement pour terrasser mes ennemis en leur détruisant les tympans. »

Reçu par la poste ce matin un épais paquet de photos et de cartes postales, toutes annotées. C'est cette dame que j'avais croisée en dédicace, qui m'avait raconté sa vie.

Cette fois, elle me l'a écrite, en caractères serrés, au dos de cinq cartes, tassés comme de la mie de pain. Tout y est : d'où elle vient, qui elle est. Il y a même une photocopie de son diplôme.

Roland a une machine pour imprimer ses propres t-shirts. Des fois, il se pointe aux concerts avec le t-shirt du groupe, même si celui-ci n'en a jamais fait fabriquer.

Rêvé d'un poisson rouge et ondoyant qui nageait dans l'air autour de ma tête. Je me suis dit que ça ferait un super brimborion. J'étais très déçu que ça ne soit qu'un rêve.

J'attends Arthur à l'école. Une dame salue un monsieur moustachu : « Oh, mais... Je devine à votre regard que ça va très bien pour vous en ce moment, non ? » Il est surpris, sourit maladroitement : « Oh ben j'ai le dos en vrac. » Elle : « Oui mais ça se voit, je sais pas, un petit quelque chose dans votre expression, qui me dit que vous êtes particulièrement heureux ces jours-ci, pas vrai ? » Le type rougit : «Ben je sais pas, j'ai juste le dos en vrac. »

Arthur assis à côté de moi en voiture, silencieux et pensif. On roule. Au bout d'un moment, il lève la tête vers moi : « Tu imagines la durée de vie d'un pneu ? »



lundi 20 janvier 2014

BRIMBORIONS DE JANVIER



Vu sur Google : aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la mort de Grace Hopper, l'informaticienne qui a inventé le mot « bug ». La première panne informatique a été provoquée par un insecte, et c'est pourquoi elle a appelé ça un « bug » (insecte). 

 C'est d'autant plus étonnant que Grasshopper veut dire sauterelle.

 Je dors. Je me réveille. Au plafond, le réveil projette 23h50 en lettres rouges. Et boum, tremblement de terre.

Une collègue me dit qu'elle n'a rien entendu : « Je n'entends jamais les tremblements de terre. » « Même en Sicile, une fois, séisme de magnitude x, les meubles renversés... Eruption de l'Etna ! Rien.» 

La panne d'électricité de ce matin a flingué le réveil qui projetait l'heure en lettres rouges au plafond. Cette nuit, j'ai mieux dormi. 

 Reçu un mail intitulé : « Avez-vous pensé à l'Autriche ? »

 Promenade avec les enfants au bord de la Penfeld. Pour une fois il fait beau. Arthur part en vélo devant. Tout à coup, le ciel se couvre, l'eau se ride, et tout commence à noircir. Etpuis un gros coup de vent envoie valser ma casquette et fait plier les arbres.

 Maintenant c'est la grêle. On ne peut plus avancer à cause du vent. Je suis accroupi pour protéger la petite, qui hurle, le parapluie plié autour de nous. Quand je me relève, quatre baleines sont cassées.

 Dans la voiture d'un côté, un type avec des lunettes noires et un gros chapeau. Au rétro pend un gros dé en mousse. 

Est-il possible que ce déménageur s'appelle D. Ménage ? 

Ce midi, affamé, j'entame mon assiette et je me croque la langue.