dimanche 23 novembre 2008

BRIMBORIONS


On sonne à la porte. C'est un pompier, qui vient vendre le calendrier de Noël. Il aperçoit la grosse affiche de Magma dans le couloir et il marque un temps d'arrêt. Puis, pendant que je fais le chèque, il dit: « Magma... J'étais fan... » Et il ajoute, avec des yeux intenses: « Et sinon, j'écoutais Catherine Ribeiro et Alpes. »

Je lui annonce que Magma repasse à Brest fin Mars 2009, pour le Festival Invisible.

Arthur lit un livre sur les cygnes et déclare: « On dirait des diplodocus, ou des girafes avec des ailes. »

Je vais au Festival de Guérande, où je suis invité (j'ai collaboré à un ouvrage collectif). 3 heures de route/aller. Là-bas, je suis accueilli comme un chien « Je viens dédicacer... » Une fille: « Comment? » Elle hausse les épaules. « Euh, j'ai été invité à dédicacer... » « Allez au point info » Je vais au point Info « Je viens pour les dédicaces. » Une dame désagréable: « Les quoi? Je suis pas au courant... Allez voir par là. » Une autre dame désagréable: « Je viens pour les dédicaces. » « C'est pas là! Allez voir là-bas! » Je trouve enfin les éditions G. J'ai déjà compris que les organisateurs n'ont commandé aucun bouquin, et que la seule chose que je peux dédicacer, c'est le leur. Mais il n'y pas de chaise, pas de table. « Bonjour, je suis Arnaud LG, j'ai collaboré à votre livre, là, et... J'ai été invité... Pour dédicacer... » « Attendez, vous êtes qui? » « Je (etc...) » « Attendez, qu'est-ce que vous voulez exactement? » « Je (etc...) » « Ah oui, vous voulez vos exemplaires c'est ça? » « Ben, heu, je, oui. » « Les voilà. J'imagine que vous êtes pressé, hein? Bon retour chez vous. » « Pas de dédicace de prévu? » « Je suis pas au courant. » Je rentre à Brest: 3 heures de route. Temps de présence: 10 minutes.

« Cher amis,
Nous vous remercions chaleureusement pour votre participation à l'ouvrage en cours d'impression « ... » réalisé dans le cadre de...
Nous sommes actuellement en cours d'élaboration du programme. Nous souhaitons que vous nous communiquiez vos jours et heures de présences lors de notre manifestation. A cette occasion, nous vous remettrons 10 ouvrages dudit recueil.
Une réponse rapide de votre part nous obligerait... »

6 heures de route pour recevoir 10 exemplaires. J'aurais dû proposer de payer le colis.

mardi 18 novembre 2008

BRIMBORIONS

Terminé le master du Disque vert.

Christophe m'a envoyé la couv de son prochain disque. C'est un concept album sur l'apocalypse (et plus précisément sur l'apocalypse nucléaire). On voit, dans un panache de nuages très beaux cadrés en oblique, un gros nuage noir, et au fond du nuage noir, un petit nuage très rouge.

L'autre jour, je me promène sur le Boulevard Gambetta, et je crois voir, au-dessus de l'île longue, la base de sous-marin nucléaires de l'autre côté de la rade, une représentation miniature de la couverture du dernier disque de Christophe. Un petit amas de nuages blancs identiques, situé juste au-dessus, comme si quelqu'un avait peint sa pochette sur le ciel.

Dans la rue, la nuit, alors que je fume une cigarette dans le couloir, j'entends un type qui passe en voiture. Il écoute un titre de The Chronic de Dr Dre. Je n'avais que la version intrumentale de ce morceau. A travers la porte et la tôle de sa voiture, je découvre la version chantée.

A la cafétaria du Super U, les sandwiches poulet/moutarde/pavot sont classés sous l'étiquette « Rectangles ethniques ».

L'autre jour, j'ai trouvé sur internet les 10 commandements du guitariste, selon Captain Beeefheart. Et j'ai pensé à Morgan: Captain Beeefheart conseille de ne jamais laver sa guitare. Je vois mal Morgan passer la sienne à la peau de chamois. Captain Beefheart conseille de se couvrir la tête pour ne pas perdre son énergie. L'autre jour, comme je félicitais Morgan sur sa capuche, il m'a dit: « Tu ne sais pas que 80% de notre énergie s'échappe par la tête? »

dimanche 9 novembre 2008

BRIMBORIONS: JIMMY CARL BLACK

J'apprends la mort de Jimmy Carl Black. Il avait été l'un des membres les plus fameux des Mothers of Invention de Zappa, avant de jouer avec Captain Beefheart, puis de monter the Jack and Jim Show avec le docteur Chadbourne. On les avait invités tous les deux au premier Festival invisible.

Je me souviens qu'Eugene disait: « I'm not famous, but Jimmy is a legend. »

Eugene était arrivé deux jours avant, et Jimmy a débarqué en train à Brest, de retour d'une tournée des Muffin men ou des Grandmothers of Invention, après avoir été récupérer des cartons de Cd chez lui en Allemagne. Il avait 68 ans, et il était déjà malade, mais ça ne l'empêchait pas de traverser l'Europe pour un carton de Cds.

Je me souviens de l'accueillir à l'hôtel Vauban à Brest. Il mangeait une omelette. Il me demande: « Are you familiar with Zappa's music? ». Je lui réponds: « I prefer the first records, with the Mothers of Invention », et son regard de vieux guerrier cheyenne s'éclaire d'une étincelle bienveillante.

On jouait avec lui et Eugene (sous l'étiquette Monstre). On a répété l'après-midi même de son arrivée. Je me souviens de lui avoir demandé si ça ne le dérangeait pas que j'enregistre les répétitions et il s'est approché de moi avec un air menaçant. Il m'a pris par la nuque et il a approché son visage du mien, avec une moue terrible. Et il a déclaré: « I don't give a shit, man! Record what you want! » Et il a éclaté de rire.

A la réception de l'hôtel Vauban, le jour de son départ, il m'a dit que certaines personnes ne comprenaient pas pourquoi il jouait avec Eugene. Il m'a dit qu'il avait connu plein de guitaristes dans sa vie, qu'il avait été ami avec Jimi Hendrix, mais que décidément, personne ne jouait comme Eugene.

Il était déjà malade. Il m'a dit: « Man, shit! I've got Leucemia! », comme si c'était une punaise qui le démangeait et qu'il allait finir par écraser à coup de poing.

Quand Eugene est venu jouer sur Le disque vert, en Mai dernier, il partait ensuite en tournée au Japon avec Jimmy. Il avait l'air d'aller mieux. On n'imaginait pas qu'il ne passerait pas l'hiver.