jeudi 31 octobre 2013

BRIMBORIONS D'OCTOBRE 2


Thomas m'a prêté un ampli Marshall et une guitare. Je branche le tout, je mets le gain à fond et je tente d'imiter un riff de Slayer. Soudain, toute la maison tremble. Je repose la guitare, j'éteins l'ampli. J'ai peur.
Est-ce que c'est moi ? Ou alors le voisin qui tape sur la cloison ? Impossible de taper aussi fort. Je n'ose plus toucher à la guitare.

Plus tard dans la journée, j'apprends que c'était un tremblement de terre.

“D'énormes oiseaux volés dans le ciel.”

A la sous-préfecture pour un changement de carte grise. J'ai l'impression d'être puni.

Sous-pref. Un monsieur se penche vers la dame de l'accueil pour lui parler discrètement : “J'ai acheté un fourgon, mais c'est un ancien corbillard. J'imagine que ce n'est pas le même tarif ?”

En revenant de la sous-pref, mon regard est attiré par un masque de zorro peint sur un énorme camion. Ecrit en-dessous sur toute la longueur de la carrosserie : “Démasquons le glaucome !”

Salon du livre de Saint Etienne. Dans la voiture qui nous emmène de l'aéroport au salon, on est trois, la conductrice, un universitaire historien et moi. L'historien engage la conversation : « Moi, je suis fan de Plus belle la vie. »

« Mes collègues de la fac sont perplexes. Ils regardent Arte quand ils en ont marre de France culture, vous voyez le genre.»

« Plus belle la vie ! Tous les soirs à huit heures, du lundi au dimanche, vingt minutes de délassement intellectuel pur ! Vous verrez ! »

Je croise un type avec une main coupée à l'entrée du chapiteau dédicaces. Cinq minutes après, il s'assoit à côté de moi. C'est un dessinateur.

Dédicaces : une jeune fille me demande lui dédicacer Le nouveau Testament. 

Saint-Etienne : près de la mairie, un couple et deux enfants s'apprêtent à passer la nuit dehors en s'emmitouflant dans des couvertures, sous un haï-ku projeté sur le mur qui dit : "Mouillé par la rosée matinale, je vais dans la direction que je veux."

On marche sur la plage de Plougonvelin avec Maïwenn, qui fait des dessins sur le sable. Un chien passe, monté sur roulettes.

On enregistre les bases de notre disque « Christian rock fièvre » avec Jorge Bernstein and the pioupioufuckers. Dehors, énorme tempête. Demain, on écoute les nouvelles : la tempête s'appelait Christian.

Le velux est ouvert. J'entends une voix amplifiée qui chante au loin : « Allaaaaah. » Puis plus rien.


jeudi 10 octobre 2013

BRIMBORIONS D'OCTOBRE



Lundi matin. Je manque de me couper deux doigts avec un couteau à pain. Du coup, toute la semaine, je fais attention. Je manipule les cadres en verre de l'expo avec énormément de précaution.

Café littéraire Dialogues. La dame à côté de moi n'écoute pas la conférence, elle a un casque sur les oreilles et rit en regardant une série asiatique sous-titrée sur son portable.

A côté d'elle, des petits origamis faits avec l'emballage du sucre.

Je retrouve Stéphane à la foire Saint Michel. Ca fait vingt ans qu'on ne s'est pas vus. Maintenant, il est devenu spécialiste de death metal.

Stéphane : “Dans la vie, parfois, il y a des coïncidences. Par exemple, je parle d'un chanteur argentin, on allume la télé, et on apprend sa mort, ou alors je pense à un truc en lisant, je tourne la page, et paf, le truc auquel je pensais.” Et il insiste : “Et je ne pouvais absolument pas voir à travers la feuille !”

Aujourd'hui, à l'Intermarché, sur leur emballage, ce n'est pas marqué “Poulet rôti”, mais “Entrée manuelle”.

Hier, je passe devant une boîte aux lettres et je note machinalement le nom marqué dessus dans ma mémoire. Aujourd'hui, le journaliste que je croyais parisien m'apprend qu'il habite là.

Je regarde la mer du haut du jardin des explorateurs. Deux vieilles dames passent : “Ah non, contre la peur, on ne peut rien faire.”

“Non, tout, mais la peur, on ne peut pas.”

“Une fois, une boule de feu, dans mon salon ! Et encore, elle est entrée et puis elle est sortie sans rien déranger.”

De retour à Dialogues pour accrocher l'expo. Je retrouve la dame à l'ordinateur avec le casque sur les oreilles. Elle a fait de nouveaux origamis avec du papier brillant. Je lui demande si je peux les prendre en photo. Elle me les donne.

Je pars chercher des clous et un marteau pour consolider les cadres. Quand je reviens elle est partie, et les origamis ont disparu.

Finalement, j'en trouve un blanc au pied de sa chaise.


Arthur : “T'imagines le type dont le métier c'est de compter les poils des chiens ?”